mardi 27 octobre 2009

Shiny And Sparkly And Splendidly Bright

Impasse.
Transfert manifeste.
Repli émotionnel.
Régression fantasmatique.
Boulimie chroniques.
Absences.
Crises de larmes et de dressing.
Tendance à l'obsession.
Impossible de s'en remettre, manifestement.
Un mur porteur s'est écroulé et j'arrive pas à tenir debout.
Je crois que je vais aller consulter.

Il est temps de grandir jeune fille!
(- Plutôt crever.)

"Last night I saw upon the stair
A little man who wasn’t there
He wasn’t there again today
Oh, how I wish he’d go away"
William Hughes Mearns

mercredi 21 octobre 2009

La grande bouffe

J'ai faim. J'ai tout le temps faim.
J'ai une alimentation on ne peut plus chaotique. Je bosse, j'oublie de manger, donc, j'ai faim. Des gargouillis me réveillent toutes les nuits, je suis à deux doigts de bouffer les meubles. A 3 heures du matin, quand d'autres rêvent à leurs amants, j'imagine le garde-manger de Gargantua, des banquets orgiaques, des cornes d'abondance, de la bouffe à profusion. J'ai les crocs, grave. Oubliés, le bon goût et la diététique, j'avalerais n'importe quoi. Sauf des rognons ou des tripes. Parce que c'est quand même dégueulasse les rognons et les tripes. Les huitres aussi, c'est dégueu.
J'ai l'estomac béant et j'enfle comme un ballon. Ou plutôt je me creuse à l'intérieur. Il y a du vide au fond de mon estomac, il y a du vide dedans partout en fait.
Ces derniers mois, j'ai été bouleversée, abattue, revigorée, en pétard, chevaleresque, rentre-dedans, essoufflée, sportive, endurante, enrhumée, nostalgique. J'ai surtout été en colère je crois. Et là, rien. Plus rien. Alors que tout s'accomplit sous mes yeux.
J'ai jamais gagné autant de cash en faisant de la musique. J'ai le portefeuille rempli de billets parce que j'ai poussé la chansonnette. C'est censé être le pied. J'ai des potes formidables, j'ai la tête de l'emploi, j'ai de la suite dans les idées, je vais au sport plusieurs fois par semaine (si, si, j'te jure), je monte mon business, et chose totalement révolutionnaire et inattendue... je déménage. Dans un endroit où tout est encore mieux que ce que j'avais pu espérer. C'est censé être le pied d'enfer.
Sauf que... ça l'est... pas... tout à fait... c'est...bizarre...mais ça va...mais bon...c'est pas non plus...alors que si, quand même....mais.....rien à faire...
J'ai faim. C'est incompréhensible.
La bonne fée a claqué des doigts, tout se réalise. Je joue pour des gens, je chante à la gloire de Dieu-le-père, je collabore, j'apprends, je vois Prince (Prince! putain d'apparition, une révolution en soi), je vais habiter dans un cadre idéal mais...
j'ai la dalle. Y'a rien dans le frigo, ça me fous en rogne.

Je crois qu'il est grand temps que je mette fin à mon ridicule voeu d'abstinence. Il est temps que je reparte à la chasse à l'homme. Avant que je me mette à bouffer jusqu'à l'explosion. Et que je perde définitivement ma joie de vivre.
C'est dommage... Tout ce que je voulais, c'est arrêter les banquettes de voiture, les portes cochères, les cages d'escalier. J'en aurai bien voulu un qui compte un peu. Mais un an d'abstinence, ça commence à sérieusement endommager ma santé mentale. Alors, les hommes... euh.. ouais... comment ça marche déjà?...
J'ai été sportive, endurante, enrhumée, nostalgique, fiévreuse, poilante, poilue, timide, fatiguée. Mais je n'ai pas été amoureuse. Du tout. Depuis presque 7 ans. Et j'ai l'estomac béant. A mon âge, ça craint.

vendredi 18 septembre 2009

Le monde est stoned. (note écrite sous médications à effets psychédéliques)

Déjà, ça me fait plaisir de corriger cette faute de conjugaison : Le monde n'est pas "stone", mais stonED. (voix passive anglaise, donc passage à l'infinitif passif avec "ED" à la fin du verbe à ne pas confondre avec l'adjectif simple français qui par conséquent s'accorde au sujet mais ne se conjugue pas. Exemple : "je suis foncedée." ). La défense du patrimoine passe d'abord par la rédemption de la langue, bande de cons.
Vu que ma vie sentimentale m'emmerde au plus haut point (raison pour laquelle je n'en parle plus jusqu'à nouvel ordre, et autant dire que le nouvel ordre, il est pas près d'arriver), je vais vous parler de ma santé et par de subtiles analogies et associations d'idées, de l'avenir du monde. "Vaste programme" pourriez-vous me dire comme le mentionna en bas de marge cette enseignante de fac qui avait annoté avec ironie l'introduction d'une ambitieuse dissertation sur l'histoire de l'art que je rédigea de ma blanche main et qui, par la suite fut notée sur l'ensemble d'un 36/40. Ce qui prouva que malgré tout le cynisme du corps enseignant face à mes ambitions scolaires, je peux très bien réussir à leur clouer leur claque-merde.
Donc, ne doutez point de mes talents rhétoriques qui pourraient vous faire prendre des vessies pour des lanternes, finger in ze nose.

Ma santé chie dans la colle, ces jours-ci. J'étais peinarde, en train d'établir, en compagnie d'une amie fleur des champs, des théories sur les ambitions abjectes de dirigeants industriels qui selon nous, organisaient de sombres complots destinés à nous empaler la tronche concernant la grippe AH1N1. En effet, il me semblait fort probable que cette pseudo grippe fut tout bonnement créée de toute pièce afin d'augmenter nos consommations de médicaments blancs, de pilules de couleur, de liquide désinfectant, et d'anti-bobos en tout genre.
Je constate aujourd'hui que nous avions à moitié tords.
Parce que, d'une part, quelques jours après, je choppa la dite saloperie de grippe AH1N1. Rien de formidable comparée à la grippe normale : crâne en implosion, nez dégoulinant, incendie de gorge, courbatures emmerdifiantes, fièvre bouffante et vitalité niveau -5 (proche en fait du degré "Vincent Delerm"). Pas la super patate. Etrangement, je fus tout d'abord assez fière d'être aussi "in", ché-bran, trendy! Cette grippe fait la Une et n'étant pas une meuf de toutes les tendances, ça fait drôlement plaisir d'être pour une fois en accord parfait avec l'actu et les modes. Elle l'a pas Kate Moss, la grippe A, hein? Qu'elles retournent vomir leur quart de pommes, les gravures de magazines, je suis au top de la mouvance avec mon thermomètre à 39 dans le fion.
Sauf que, passé cela, force est de constater que ....
.......

Endormie. Je me suis endormie alors que j'écrivais cette note. Je suis totalement inapte à exposer le moindre raisonnement. J'essayais vainement de tenter un parallèle entre cette grippe que je viens de contracter et les complots internationaux qui connectent à la fois l'industrie pharmaceutique, le marché financier, l'économie capitaliste, l'armement, le mass-média, et par association d'idée, les dirigeants de ce monde c'est à dire les dynasties de familles milliardaires qui furent aux origines de notre système, donc également, la franc-maçonnerie et pour le haut du paniers, les ennemis number one, les mega bad motherfuckers : les illuminati, grands manitous aux pratiques secrètes occultes et puppet masters de la planète.
En gros, j'essayais d'expliquer que la poignée d'enculés qui sont responsables de la pire misère humaine, des énormes catastrophes humanitaires, du désastre écologique et des génocides, préparent actuellement le terrain pour un "nouvel ordre mondial" qui globaliserait la planète entière en un seul pays avec une seule armée et une seule religion à la gloire de Satan, "le rusé doyen" comme disait Baudelaire. Et ça commencerait par ça : une pseudo république, du "pain et des jeux" pour satisfaire des plaisirs immédiats, et la peur de tout et n'importe quoi. D'où la psychose médiatique orchestrée autour de H1N1, la putain de sa mère.
Non, ce n'est pas la fièvre qui me fait délirer. Je suis clouée au lit alors je me renseigne vu que j'ai que ça à foutre. Mais les médicaments ont des effets secondaires stupéfiants et m'empêchent de servir mes théories par la langue fleurie et dansante à laquelle je vous ai habitué. Donc je me tairai. Et j'irai dormir.

Conclusion : l'industrie pharmaceutique et tous les salauds que j'ai nommé ont gagné. Ils m'ont fermé ma grande gueule.

PS : renseignez-vous quand même ici : http://www.alterinfo.net/Illuminati,-francs-macons,-conspiration,-les-banques,-HAARP-et-plus-videos_a5298.html

mardi 8 septembre 2009

HELP

A l'aide.
...
Pas de réponse?
Je vois.
Répondez pas tous ensemble, ça va devenir gênant.
...
Ce serait bien que quand j'appelle au secours, il se ramène l'autre. Parce qu'il tarde sérieusement, ce gros con, qui est infoutu de me trouver sans GPS, MOA, la wife de sa life, bordel de merde. Ou alors, pas forcément LUI, quelqu'un d'autre.
Oui, mais pas n'importe qui.
Ah ben oui, elle est là la quiche : PAS N'IMPORTE QUEL CONNARD VENU.
Je cède. J'avoue : UNE seule partie de jambe en l'air de 10mn30 en missionnaire douche comprise en UN an, j'avoue, ça devient ridicule. Et ça commence franchement à atteindre mon amour propre, mon quotient émotionnel et ma santé mentale. Une fois en un an, mon Dieu, quel record! Je suis à fond là, j'ai un mojo de compétition.
Vous me direz, il me suffirait d'aller dans un rade avec un beau déguisement de grognasse et de rouler du croupion pour lever du gigot. Oui mais voilà : moi, monsieur, je veux pouvoir regarder un piniouf avec des étoiles dans les yeux et ça m'arrangerait également qu'il rappelle le lendemain pour me dire des mots gentils. Ou alors, il peut ne pas rappeler si ça lui chante, mais au moins qu'il ait l'extrême bonté de m'administrer 24h de câlins intensifs en mettant de côté ses interrogations existentielles ou ses constipations émotionnelles.
Sérieux, je pourrais le payer. Sérieux. Pour peu qu'il soit pas taré et qu'il sente comme j'aime, genre de bonnes phéromones bien compatibles avec mon métabolisme. Ce serait au poil.
Donc, euh... Au s'cours?
...
S'il vous plaît?
...
Quelqu'un?...
Venez, ou je pleure.
Et c'est très moche quand je chouine.
...
Pff.
En tout cas, le prochain qui va se laisser tenter, bon gré, mal gré, il va prendre cher. Très cher.

dimanche 6 septembre 2009

Mojo's gone

- T'attends quoi?
- Ben, j'attends.
- T'attends quelque chose? Quelqu'un?
- Les deux. Tout, j'attends tout.
- Et tu fais que ça, attendre?
- Non, je passe le temps pendant que j'attends.
- Je comprends. Le temps d'attendre que quelque chose arrive, faut bien le passer ce temps là.
- Pas vraiment, c'est surtout pour faire illusion que le temps durant lequel j'attends n'est pas totalement perdu. Donc je le perds pour le gagner, du coup.
- Tu le passes quoi...
- Ah non. Je le passe à personne. Je le laisse passer en y mettant des machins divers de manière à ce qu'il ait moins l'air con quand je le vois passer. Et toi, tu fais quoi?
- Ben j'attends.
- T'attends quoi?....

.....

Couille molle, petite bite, fille à papa bonne à se dorer son gros cul sur la côte d'azur. Petite princesse, madâââme la bourgeoise qui veut se faire passer pour une fille de la rue à tout son petit monde. T'écoutes La Rumeur, Body Count, Elliott Smith, Joni Mitchell et Prince. Du vrai son de petite bourge. Ca fait combien de temps que t'as pas regardé ce qu'il y a sur ton compte en banque? Tu veux pas hein? Ca te brûle la rétine tout cet argent que t'as pas gagné, que t'as pas mérité et que tu jettes par la fenêtre, que tu donnes à n'importe qui sans complexe. Et d'ailleurs quand tu bosses, tu gagnes quoi? Des clous, même pas l'équivalent de l'argent de poche de ton petit frère. Tu bosses pour te sentir exister. Alors que t'as même pas besoin d'exister car comme toutes les petites princesses, tu sers à rien. La société n'a pas besoin de toi. T'es même pas tributaire de l'état. T'es même pas fichée aux ASSEDIC. T'as une mutuelle qui te sers à rien. T'es que dalle dans la société. Petite princesse, seconde génération d'immigrés mutés en nouveaux bourgeois. Elle pue, ta race. Elle fait gerber ta religion. Elle fait honte ta "tribu culturelle", elle pourrit le monde. Alors, passes le temps, c'est ça, continues. Branles-toi sur tes rêves du siècle dernier, ils sont morts tes putains de rêves. Continues à faire croire que t'en as dans le ventre, que t'as des choses à dire, que t'as ton cerveau qui tourne. Ta langue s'agite dans le vent, ton cerveau tourne à vide, et toi, tu marches dans de la purée. Reste chez des darons, petite princesse, enterre-toi dans ton petit palais-crème et fais-y mariner tes élucubrations débiles. Tu pourrais crever dans ta tour sans que jamais le réel ne vienne te toucher. C'est bien. C'est ta place de petite bourgeoise branleuse, infoutue de gagner son pain, incapable de prendre le large. Vas lire Alice au pays des merveilles et ne viens pas la ramener avec tes humeurs ou tes métaphores. Tu prétends vouloir enseigner, mais regardes-toi. T'es QUI exactement pour enseigner? T'es QUI pour prétendre avoir un savoir théorique juste et fiable à transmettre? Tu sais rien. Tu sais pas aimer, tu sais pas souffrir, tu sais pas créer, tu sais pas t'énerver, tu sais pas penser, tu sais pas risquer.
Madâââme la bourgeoise. Petite bite. Couille molle.

mardi 4 août 2009

La note la moins intéressante que j'ai jamais écrit.

C'est super.
J'ai perdu totalement le goût de la décadence : pulsions libidinales, désir d'abandon psychédélique, crise d'égo en milieu mondain, papillonnage incontrôlé... Envolés tout ça. Partis. Disparus dans la nature. Et je trouve ça super. La donne a été changée.
Je repasse en film interne les images d'une vie que je menais il y a 3 mois, un an, un siècle. Et je ne me reconnais absolument pas sur la pellicule. C'est effrayant. J'ai l'impression de me réveiller du coma. Mon Dieu, vous avez pas idée des gens que j'ai fréquenté... Je les vois dans le film. Je n'arrive pas à croire que je les appréciais. Qu'ils sont laids et hypocrites. Qu'ils sont cyniques. Qu'est ce qu'ils peuvent mentir... La personne qui me ressemble mais qui n'est pas moi me fait honte. Mais je n'ai pas à avoir honte puisque ce n'est pas moi, n'est-ce pas?
Tout ce temps dans le coma, si c'est pas du gâchis. C'est pas vrai que les comas sont provoqués par des traumatismes, des crises cardio-vasculaires ou des accidents de bagnoles. On peut être mis dans le coma dès la petite enfance. Certains tombent dans le coma en entrant à la fac ou en travaillant dans l'interim. Y'en a même qui restent dans le coma toute leur vie. Parce qu'ils ont fait comme on leur a dit, parce qu'ils ont déformé leurs croyances et leurs espoirs pour s'adapter à... ce que "les autres" définissent comme "cool", comme "réel", comme "juste", comme "vrai", comme "beau".

Au réveil donc, j'ai un scoop : je suis la nana la moins rock n roll du monde. J'aime pas la bière, j'aime pas la clope, j'aime pas les fringues, les chaussures, la mode, les marques, j'aime pas le maquillage sauf si c'est pour faire le clown, j'aime pas les Rolling Stones, j'aime pas David Lynch, j'aime pas les magazines, j'aime pas Internet, j'aime pas les New York Dolls, j'aime pas New York d'ailleurs, j'aime pas Lou Reed, j'aime pas les clubs de la Clique, j'aime pas non plus les brunchs de la rue Oberkampf et j'aime pas Houellebecq. J'aime pas les trentenaires. J'aime pas les garçons riches, intelligents, beaux qui s'habillent bien. J'aime pas les jeunes cyniques et désabusés. J'aime pas me faire draguer. J'aime pas draguer non plus. Et puis je crois... que... j'aime pas le sexe. J'aime pas les souvenirs que j'en ai. J'aime pas qu'on me touche. Mais j'aime bien toucher, des fois. J'aime bien la glace à la pistache. J'aime les journées à Disneyland et à la fête forraine, j'aime Ziggy Stardust mais j'aime pas le Thin White Duck. J'aime pas du tout Madonna mais j'aime Nina Hagën parce qu'elle me fait rire. J'aime bien les motards du sud de la France. J'aime bien les documentaires sur les animaux et j'aime pas "Skins" ou "Les experts". J'aime parler des invasions extra-terrestres avec mon pépé. J'aime pas parler de Bret Easton Ellis avec des gens qui l'aiment bien. J'aime bien pleurer en lisant Le Petit Prince parce que ça me fait penser à Michael Jackson. J'aime Queen et Mötley Crüe. J'aime Funkadelic mais j'aime pas les gens qui connaissent la discographie complète de Parliament. J'aime pas Justice, Air, Daftpunk, MGMT et ces guigols de Thin Things. J'aime pas les blancs qui font de la musique, de manière générale. Mais j'aime pas les noirs qui font du mauvais R&B au lieu de faire du Rythm n Blues. Et je fais du sport pas pour être mince mais parce que ça m'amuse.

J'ai rien de subversif et de stylé. Je veux juste que les cons me foutent la paix. Ce que j'entends par "les cons"? Ceux qui se rendent compte de mon existence lorsqu'ils vont mal ou lorsqu'ils sont seuls, ceux qui me jugent et qui croient que je l'ignore, ceux qui ne prennent pas mes paroles au sérieux, ceux qui me prennent pour une tirelire, ceux qui méprisent toutes mes tentatives pour les sauver de situations difficiles, ceux qui me prennent pour une conne parce que je ne vis pas dans le même réel et ceux qui ne savent pas poser de questions. Tout est super parce que je les ai tous virés, rayés de mon champs de vision. Parce que ce sont ceux qui, au fond d'eux ne veulent pas et n'ont pas besoin de mon amour. Si vous vous reconnaissez, ne m'approchez plus, laissez-moi tranquille, je sers à rien dans votre vie. Parce que ça se trouve, quelque part, on a vraiment besoin de moi.

dimanche 5 juillet 2009

Assassins

Allez vous faire mettre, tous...
Je vous sens venir, avec votre chaos contrôlé et ça me plait pas du tout.
Vous avez baisé le rêve, vous avez niqué mes idéaux. Il reste quoi maintenant, hein?
Vous en avez fait quoi du sens du labeur, du souci de perfection, des idées visionnaires? Vous voulez que je reste couchée, que je bouffe vos flots d'inepties et d'hérésies? J'en ai la gerbe de vos dégueuloirs à images, de votre mode fasciste, de votre cynisme assumé. Vous m'avez collé un entonnoir dans la gorge, bande d'enculés, et vous me gavez de saloperies qui me poussent vers l'incertitude, vers le désespoir. Et si je veux pas bouffer, j'ai plus qu'à me rouler en boule et à crever de honte dans mon refus d'obtempérer aux tendances. Vous voulez me tuer...
Je sers à rien dans votre monde, je suis trop ou pas assez grosse, je suis trop ou pas assez moche, je bois trop ou pas assez, je me drogue pas assez, j'ai pas le style, j'ai pas l'attitude, j'ai pas la bonne connexion... Pas trendy, comme vous dites. Je sais pas jouer. Clairement. Je sais que m'ouvrir les tripes, je sais qu'être moi. J'ai le chant brut, à fleur des nerfs, j'ai pas été taillée pour l'image putain, j'ai été formée pour être la meilleure dans ma branche. J'ai refusé tout compromis, j'ai foiré mon adolescence pour le travail obsessionnel. Je suis la meilleure performeuse de Paris, et ça me sert à rien.
Parce que j'ai pas bossé pour être enfermée dans pro-tools, pour serrer mon cul dans un short taille-basse, pour chanter dans des clubs ché-brans, pour jouer sur du vintage en portant des converse et des ray-bans, pour compresser 25 pistes de voix doublées et autotunées. Du temps de l'âge d'or, personne n'aurait osé remixer les saturations d'Hendrix ou réajuster les voix d'Otis Redding?
Je suis pas bankable mon pote, en 2009. Pas assez rock, pas assez soul, trop Rythm n Blues pour être R&B, pas assez noire pour le Rythm n blues, trop folk pour être funk, trop funk pour être folk, pas assez ou trop pop, j'ai jamais téléchargé illégalement, et je comprends rien à l'électro.
J'ai bossé pour des clous.

Tout se casse la gueule. Ils m'ont niqué tout ce qui valait le coup. Il m'ont violé mes références. Je vais faire quoi maintenant qu'ils l'ont buté? Mon oméga de la pop, mon grand amour, le sens de ma vie. Ce premier amour, c'est à la fois le disque, l'analogique, le direct, le happening, la sueur, l'improvisation, le temps nécessaire à l'élaboration d'une bonne chanson, l'art d'interprétation et le génie authentique.
Poubelle, tout ça. Aujourd'hui, on dit que Pedro Winter est un génie, que Lady Gaga est une reine de la pop et que Kanye West est un grand artiste.
Je suis bonne à rester couchée, à m'enterrer sous la couette devant un écran d'ordinateur qui va m'apprendre ce qui est bien vu au goût du jour et ce qui sera obsolète le lendemain.
Si j'étais une fille ambitieuse et avide de lumière, je surferai comme tout le monde, avec aisance sur les tendances. Et je ne sentirai aucun changement dans l'air, je ne préoccuperai pas de l'avenir du monde, et je façonnerai mon égo. Mais j'aime l'obscurité et je ne sais rien faire d'autre que de respirer et de crouler sous la frustration de ne créer que pour ma gueule, de peur d'être violée et liposucée sur la place publique. Ils vont me tuer les enculés. Comme ils l'ont tué.